We Are Wolves
Invisible Violence
[ Dare to Care ] 2009 (Canada); 2010 (États-Unis)
Cote .: 7,5

Voici une liste des groupes de la dernière décennie qui ont exprimé, à travers leur nom, leur affection pour les loups: Wolf Parade, Wolf Gang, Wolf People, Wolf & Cub, Wolfmother, Wolf Colonel, Wolf Eyes, Wolves in the Throne Room, Woelv, Wolfkin, Turbowolf, Superwolf, Seasons of the Wolf, Tiger Bear Wolf, Sea Wolf, High Wolf, AIDS Wolf, Patrick Wolf, Peter and the Wolf, Le Loup. À travers cette confusion, comment We Are Wolves, chouchous de la scène locale, espèrent-ils se démarquer ?

La question à cent piasse, comme dirait Bernard Adamus, autre chouchou montréalais. Car le style de We Are Wolves est loin d'être complètement nouveau: post-punk moderniste où s'entrechoquent guitares nerveuses et nappes de claviers rétro-futuristes, la musique du trio bilingue est clairement dans l'air du temps. Depuis le retour en vogue de formations comme Joy Division et Gang of Four au milieu des années 2000, il semble que la vague synth-punk dansante ne soit pas prête de se dissiper. We Are Wolves sont donc encore en mesure de la surfer, puisque leur album paraît maintenant aux États-Unis en téléchargement et le 23 février prochain en format physique via Dare to Care -- avec la pochette et tout!

On avait craqué pour l'album précédent en 2007, l'intense Total Magique qui avait jouit d'une remarquable longévité dans l'univers souvent éphémère du rock indépendant québécois. Avec Invisible Violence -- prononcé en français s'il-vous-plaît -- le groupe reprend là où il nous avait laissés, sensibilité pop en plus. Cette fois-ci, la voix très ozzyesque d'Alexander Ortiz est mise à l'avant-plan avec un résultat concluant. La preuve: les mélodies sont maintenant beaucoup mieux définies et les instruments plus clairement discernables dans le mix. Exit les claviers crasseux, ou presque, et fini les lignes de basses dissimulées dans le mur du son. En revanche, l'énergie du groupe est toujours aussi palpable, ce qui fait d'Invisible Violence un disque aussi agréable à écouter dans les fêtes hypées que chez soi, ou en voiture.

Mais au-delà de la musique, ce qui différencie We Are Wolves de la meute demeure l'attention particulière accordée à l'enrobage artistique du projet. La présentation graphique est encore une fois irréprochable -- deux des musiciens flirtent avec les arts visuels -- et les thématiques abordées tiennent plus de la dissertation sur les théories esthétiques que des propos qu'on nous sert habituellement sur un album électro-clash. Tout est donc très soigné, voire maniéré, ce qui n'enlève rien à la fougue lupine de la formation.

Là où le bât blesse, c'est lorsqu'on tente de trouver une véritable identité au trio qui revisite à tout crin trente ans de production musicale sans réellement apporter d'ajout notable à cette longue lignée de formations post-punk, new wave, pop et expérimentales. Notez bien: les compositions sont très bien ficelées, les mélodies efficaces et les riffs assassines, mais il manque ce petit oumph! qui permettrait à l'album de se démarquer du lot. Par exemple, sur "Walking Commotion" on entend nettement l'influence Joy Division dans les arrangements, un peu trop même, ce qui en donne l'aspect d'un simple pastiche. Ailleurs, on entend les Cure, New Order ou les Cramps, comme si la formation offrait un simple hommage à ces pionniers punks et new wave. Le style post-pop entendu sur le dernier Pas Chic Chic est même récupéré sur "Rue oblique". Un peu plus d'inventivité aurait été de bon aloi.

Pourquoi être aussi dur avec un album qui est pourtant si bon? Parce que We Are Wolves est certainement le groupe montréalais qui présente le plus de promesse; celui qui aurait dû percer à l'étranger, mais qui demeure confiné dans un marché beaucoup trop underground par rapport à son talent. Certes, Invisible Violence est un virage audacieux, quoique dans la lignée de Total Magique, mais l'oeuvre manque de personnalité pour attirer l'attention de nos voisins du Sud. Peut-être que je me trompe: We Are Wolves est chargé de potentiel et il l'exploite adéquatement -- vous n'avez qu'à assister à leurs spectacles, de véritables happening, pour vous en convaincre. On souhaite donc le meilleur succès aux hommes-loups pour l'année 2010, en espérant qu'Américains et Européens embarquent avec nous dans l'univers artistico-déjanté de We Are Wolves.

 

.: Mathieu Dupont
Mardi, 02 janvier 2010

   

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