The Rebels of Tijuana
J'adore ce flic EP
[ Indépendant ] 2009
Cote .: 7,0

En attendant la parution imminente d'un premier 33 tours, la formation yé-yé/rock n' roll française The Rebels of Tijuana nous offre un 45 tours fort prometteur qui réussit (presque) à réactualiser un genre surexploité. Juke-box, voitures sport et gomina se joignent à la fête pour faire danser les dandys et trémousser les jeunes filles, comme si les quarante-cinq dernières années n'avaient jamais eu lieu.

Les critiques attendent souvent de pied ferme les jeunes musiciens qui se risquent à emprunter la voie du revivalisme culturel, avec raison. Récupérer les poses, remâcher les sonorités de formations qui l'avaient si bien fait auparavant engendre son lot de conséquences: perte d'identité, carences créatives, jeu de la comparaison rarement favorable, etc. Mais les quatre lyonnais savaient dans quelle galère ils s'embarquaient, eux qui connaissaient sans doute les pièges du pastiche en plus d'avoir fourbi leurs premières armes à travers Fireball et A*Song. Ce EP d'une dizaine de minutes est donc le résultat d'un travail assumé et foutrement bien exécuté.

À l'écoute de J'adore ce flic, impossible de ne pas penser à la belle époque des reprises francophones de succès rock n' roll américains ou britanniques, ce genre qu'on a candidement appelé yé-yé et qui flirtait aussi bien avec la soul, le rhythm & blues que le garage-rock. Le spectre de Jacques Dutronc et de Nino Ferrer est bien sûr omniprésent sur les deux morceaux interprétés en français, "J'adore ce flic" et "Ma Jaguar", mais l'exercice est si convaincant qu'on oublie rapidement l'empreinte d'un passé maintes fois ressassé. On a le goût de danser, preuve de l'aplomb des compositions, tandis qu'un rictus se dessine à nos lèvres, preuve, cette fois, de la justesse des textes qui allient humour à finesse (la pièce titre traite d'un policier qui adopte le style rock n' roll).

Mais c'est dans les arrangements et la sonorité des instruments que le groupe étale le plus clair de son talent: le son vintage des guitares et des claviers est d'une fidélité renversante, tandis que les compositions respectent à la lettre les structures simples et énergiques de la pop version sixties. Même sur la pièce instrumentale "Garden of Drugs" le quatuor évite le piège de la mièvrerie rétro en insufflant au morceau rock n' roll une bonne dose de psychédélisme qui rappelle le rock choucroute d'un Neu!; votre serviteur est comblé d'avance. Au sujet, maintenant, de la seule pièce anglophone du cédé, "Between the Stars", disons que le traitement plus conventionnel avec clappements de main et refrain frileux, ne fait le poids devant les efforts précédents, beaucoup plus racés et irrévérencieux. Le français sied si bien au style des Rebels.

Un petit EP agréable et divertissant, voilà ce que nous ont offert les Rebels of Tijuana avec J'adore ce flic et, franchement, c'est tout ce qu'on attend d'un bon ouvrage de rock garage. Musicalement bien maîtrisé et stylistiquement irréprochable, le mini-album est une bonne surprise, surtout venant de jeunes musiciens qui manipulent avec assurance des référents culturels issus d'une autre époque, sans pour autant se vautrer dans les clichés. Comme toujours, après un avant-goût aussi intéressant, on attend le premier long-jeu avec impatience, en espérant que le groupe garde cette attitude cool et déglinguée qui fait tout son charme. Trop de professionnalisme tuerait la magie. En attendant, où sont mes Ray-Bans ?

 

.: Laurent Provencher
Mercredi, 03 mars 2010

   

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