Pink Floyd
A Saucerful of Secrets
[ Tower ] 1968
Cote .: 7,0

Suite au départ de Syd Barrett, plusieurs prédisaient un sombre avenir à la version amputée de Pink Floyd. À ce titre, A Saucerful of Secrets, second album du groupe, semblait confirmer ces prédictions: Roger Waters prenait les rênes de la bêtes sans toutefois surpasser Barrett sur le plan de la composition et des explorations sonores. Le charme était rompu et l'innocence des premières expériences s'était évanoui en chemin pour les studios Abbey Road.

Néanmoins, A Saucerful of Secrets présentait Pink Floyd comme une formation unie dans un but commun, soit celui de repousser les frontières du sempiternel format pop tout en maintenant le cap vers un horizon bien défini. C'est pourquoi ce second essai est beaucoup plus structuré que le déstabilisant The Piper at the Gates of Dawn. Faut dire que la pression de la compagnie de disque n'était pas sans exercer une influence évidente sur le groupe qui n'avait carte-blanche que pour l'enregistrement d'une seule pièce, sans les commentaires et indications des représentants de l'étiquette.

Résultat: la pièce-titre de l'album, d'une durée de douze minutes, qui s'éternise avant de terminer majestueusement avec un crescendo des plus cinématiques. Rien pour égaler "Astronomy Domine" ou "Interstellar Overdrive", mais tout de même intéressant. Le reste de l'album n'est cependant pas dénué d'intérêt. Loin de là. "Let There Be More Light " démarre parfaitement l'album avec sa ligne de basse cadencée et les voix de Gilmour et de Waters qui offrent un contraste intéressant.

Puis "Remember a Day", une magnifique composition pop/baroque composée par Richard Wright qui évoque à merveille ce sentiment qui nous revient tous lorsque la nostalgie d'une enfance lointaine refait surface. "Set the Control for the Hearth of the Sun" est essentiellement construite sur un motif mélodique répétitif interprété à la basse et agrémenté de touches de claviers bien banales. On l'oublie rapidement et c'est principalement le but de cette pièce fort atmosphérique.

Voilà que Roger Waters tente de raviver la flamme allumée par Syd Barrett en composant sa première pièce pop et anti-guerre: "Coporal Clegg". Malgré l'humour noir et la folie calculée (orchestre de gazou et coeurs déjantés), difficile de ne pas regretter le départ de Barrett... Heureusement, on retrouve une chanson du « crazy diamond » à la toute fin de l'album. "Jugband Blues" n'est certainement pas ce que Barrett a fait de mieux (voir The Madcap Laughs), mais c'est un adieu émouvant au génie de cet artiste unique et insondable. Ici, les gazous ont toute leur place et son chant détaché, enfantin et pur, est tout-à-fait dévastateur lorsqu'il termine le morceau en chantant: « And the sea isn't green / and I love the queen / and what exactly is a dream / and what exactly is a joke ».

Rares sont ceux qui citent A Saucerful of Secrets comme leur album favori des Floyd, mais beaucoup trop nombreux sont ceux qui ne lui accordent pas sa juste part au sein de la discographie du groupe. Après tout, A Saucerful of Secrets représente un choc pour Pink Floyd qui venait tout juste de perdre son principal compositeur -- Barrett était assis dans la réception des studios Abbey Road et attendait qu'on l'appelle pour se joindre aux sessions d'enregistrement -- et qui avait toute la pression de sa compagnie de disque, elle qui attendait beaucoup de ce second recueil.

Transition ? Nouveau départ ? Détour improbable ? A Saucerful of Secrets est tout ça à la fois et mérite une attention particulière de la part des fans invétérés de la formation britannique. C'est non seulement le dernier disque où l'influence de Syd Barrett serait aussi forte, mais aussi le premier où Waters, Gilmour, Wright et Mason construiraient le style sombre et hypnotique qui feraient leur renommée sur les albums suivants. À écouter avec empathie.

 

.: Mathieu Dupont
Mardi, 5 septembre 2006

   

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