Annette Peacock
I'm the One
[ RCA ] 1972
Cote .: 9,0

Il vous faudra vous défaire des idées du marketing en train de polluer l'esprit du musicien le plus intelligent en ce moment. N'allez surtout pas croire que pour percer et concocter un album supérieur, il soit primordial de faire des compromis artistiques ! Vos albums préférés n'en possèdent aucun. Les compromis représentent toujours une erreur et donnent inévitablement des résultat minables ! Si vous en faites, la pop vous devez l'aimer pour de vrai. L'intention s'entend. La création diluée, c'est de la merde !

Philosophiquement, Annette Peacock est une sorte de Robert Wyatt ou de Jimi Hendrix au féminin ou alors la Beethoven de la pop-jazz. Elle s'affirme tout de suite et sans se préoccuper des facteurs extérieurs: I'm the One. Inutile de vous décrire avec des termes techniques les idées de génie de cette autodidacte, ses techniques d'enregistrement et de chant toujours insondables, sa voix puissante étendue par l'application d'effets électronique. Avant elle, le monde de la musique pop et du jazz (mise à part Carla Bley ?) ne possédait pas de compositrice comme telle.

Pour être exact, ce monde ne la possède toujours pas. Elle échappe à tout et c'est exactement pourquoi elle ne vend que laborieusement plusieurs de ses efforts sur son site Internet et nulle part ailleurs. De nos jours, Peacock aurait eu la vie plus facile si elle avait vendu un I'm the One équivalent en 2006 au son radical du I'm the One en 1972. Des versions cédé de plusieurs de ses meilleurs albums n'existent toujours pas. Soit Peacock est vraiment une emmerdeuse pas possible et n'a donc toujours pas reçu de proposition à ce sujet, soit elle n'aime plus ses vieux albums.

I'm the One commence à l'envers avec l'épique qui aurait bien pu terminer l'album. Sans perdre le fil de sa mélodie et de son groove, Peacock pense déjà avec des concepts de fragments. Elle compose à l'occasion des mélodies avec le pianiste Paul Bley et à l'aide des textures de synthétiseur les plus recherchées, introuvables dans la musique psychédélique la plus poussée; Boards of Canada vient à notre esprit. Sa voix filtrée ressort comme un outil de travail. Elle ne cesse d'étonner par ses possibilités infinies, rendues possibles par son imagination -- surtout après avoir écouté des albums plus formels comme X-Dreams (1978) et The Perfect Release (1979). Sur ces albums, sa voix se limite à si peu de fréquences. I'm the One expose tous les octaves de son organe.

Sans être l'album le mieux conçu au monde -- il plafonne sur la première chanson et se termine sur des ambiances instrumentales non résolues -- I'm the One démontre à quel point Annette Peacock se connaissait bien. Une seule ballade laisse place à une sensation peace & love un peu inappropriée pour la voix viscérale et effrayante de la jeune Peacock. Elle ne se cherche jamais et l'équipe de musiciens vedettes l'entourant ne font pas obstruction à son expression. Elle vous frappe des angles les plus inattendus.

Incroyable et sûrement pas comme vous vous l'imaginez !

 

.: Vincent Bergeron
Mercredi, 30 août 2006

   

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