Neu!
Neu! 2
[ Brain ] 1973
[ Astralwerks ] réédition 2001
Cote .: 9,0
Réponse directe au succès inattendu du premier opus, Neu! 2 -- comme il est tout simplement intitulé -- présente le duo de Klaus Dinger et de Michael Rother à leur plus ambivalent. La dichotomie entre les deux musiciens s'est non seulement révélée contentieuse, mais elle fut minée par un contexte où les moyens et le temps manquaient pour compléter un album digne de ce nom. La solution ? Reprendre deux morceaux déjà enregistrés pour l'album et les remixer pour remplir la seconde partie. Logique, non ?
Le résultat est un album qui n'en est pas un. Car après tout, est-ce qu'on a à faire à de la musique ici ? Est-ce de l'art ? Est-ce une blague ? Peut-être bien: tout d'abord un groupe qui se nomme Neu! -- qui se traduit par « nouveau ! » en français -- et avec un point d'exclamation, pour rajouter à l'affront, ne peut pas être sérieux, ou du moins se prendre au sérieux. Et puis la pochette ! Identique à la première, mais avec le chiffre deux peint en rose: difficile de faire plus bâclé. Enfin, deux remixes d'une même chanson ("Super") qui ne sont en fait que des versions accélérées et décélérées de celle-ci: "Super 16" pour 16 rpm et "Super 78 " pour 78 rpm. Il en est de même pour "Neuschee" et "Neuschee 78 ".
Pour ce qui est de la facilité, on trouve pas mieux. Mais pourtant, l'oeuvre de Neu! a influencé et est citée par plusieurs artistes de renom, tels que David Bowie, Stereolab, Suicide, Brian Eno, Pere Ubu, Sonic Youth, Radiohead et Blur. C'est donc dire que même si la musique de Neu! n'a pas directement pénétré les consciences populaires, elle s'y est toutefois immiscée via une communauté de musiciens qui, elle, s'est inspirée de la démarche du duo allemand. Un peu comme pour le Velvet Underground, vous vous rappelez ?
On pourrait même ajouter que Neu! 2 est le White Light/White Heat de Neu! en ce sens qu'il constitue un pied de nez à l'industrie du disque, à nos conceptions musicales et à tout ce qui est possible de faire dans le cadre de l'enregistrement d'un album. Pourquoi pas jouer avec les vitesses ? Pourquoi ne pas bidouiller avec des cassettes ? Pourquoi composer selon le dogme couplet/refrain/couplet et avec une mélodie, en plus ? Neu! semble s'être laissé guider par les événements pour laisser la chance au chaos et aux contingences du moment de faire leur travail. Et ça marche.
Neu! 2 n'est peut-être pas le classique que fut le premier album, mais son influence fut non moins importante. On n'a qu'à écouter ce qui est sans doute la meilleure composition du groupe, "Fur Immer (Forever)", pour s'en persuader: onze minutes de guitares à la Velvet Underground, agrémentées de synthétiseurs des plus planants et d'une section rythmique incroyablement répétitive. L'équivalent d'un voyage à pleine vitesse sur les autoroutes teutonnes, sentiment récupéré par l'Autobahn de Kraftwerk et que Brian Eno et consorts utiliseraient à souhaits.
Entre le chaos -- voir "Cassetto" qui consiste en une cassette avalée par le lecteur -- et l'extase -- voir les morceaux atmosphériques comme "Fur Immer (Forever)" et "Lila Engel (Lilac Angel)" -- Dinger et Rother ont trouvé le moyen de préfigurer aussi bien le punk que l'électro-minimaliste, avec un humour... étrange, voire effrayant. Pour une journée complètement surréaliste, allez-y, filez vers la nouveauté !
.: Mathieu Dupont
Lundi, 13 novembre 2006 |