Mogwai
Young Team
[ Jetset ] 1997
Cote .: 8,5
Y a-t-il un genre plus difficile à cerner que le post-rock ? À quel moment a-t-on pu décider que le rock en était arrivé à une autre étape, à un après ? Est-ce qu'un saut qualitatif fut franchi en 1991, par exemple, avec des albums comme Laughing Stock de Talk Talk et Spiderland de Slint, au point de désigner le rock expérimental sous un nouveau vocable ?
Toutes des questions auxquelles il est franchement inutile de répondre. La seule piste de réponse réside dans le fait que le terme post-rock est une formule passe-partout qui, avouons-le, est plutôt sexy. Car des groupes comme Can ou Neu! faisaient déjà dans le genre; étaient-ils "post-rock" pour autant ? Bref, on a utilisé l'expression pour définir la nouvelle vague de groupes, surtout instrumentaux, qui ont tenté de subvertir les structures traditionnelles du rock, pour en faire un amalgames de multiples sources musicales, et ce, à travers une optique très cérébrale. Que vient faire Mogwai là-dedans ? Il en écrit les "règles" avec son premier long-jeu, Young Team.
Entre les premiers pas de Slint et de Tortoise, et l'arrivée du très sombre Godspeed You! Black Emperor, suivi de nombreux exégètes, les Écossais de Mogwai furent de ceux qui posèrent les jalons les plus solides de ce que le post-rock deviendrait par la suite. Parfois tendre, parfois enragé; à la fois léger et puissant, mais jamais arrogant, le jeune Mogwai se présente avec une force de frappe qui ne néglige que très rarement ses propensions à créer de somptueux paysages sonores. Hypnotique à souhait, donc, ce Young Team ne tombe (presque) jamais dans la redondance et étend une large palette de couleurs émotives, allant du désespoir le plus complet jusqu'à la totale béatitude. Un voyage tout en contrastes, voilà ce qu'est Young Team.
Même si plusieurs fans et critiques ont célébré le statut intouchable de l'album, n'en demeure pas moins, à mon avis, que Mogwai a atteint de plus hauts sommets, notamment avec Come on Die Young et Happy Music for Happy People, deux gravés dont la qualité, tant au point de vue de la réalisation que des textures, est nettement supérieure. Le défaut de Young Team est son manque de consistance: quand c'est bon, ça déchire à tout crin, sauf que ces moments d'excellence sont souvent entrecoupés de parties très oubliables, voire inutiles. En somme, Young Team est un très bon disque de soixante-cinq minutes qui aurait pu être un chef-d'oeuvre de quarante-cinq minutes.
Des morceaux comme "Like Herod ", "Radar Maker ", "With Portfolio" ou "A Cheery Wave from Stranded Youngsters" auraient pu être raccourcis, voire même abandonnés, qu'on en n'aurait fait aucun cas. Sinon, rien à reprocher -- mis à part une réalisation un peu plate, qui manque de définition -- à cet album étonnant, qui laisse entrevoir ses plus belles vertus lorsqu'on prend le temps de s'y immiscer. En font foi les magistrales "Yes! I Am a Long Way from Home", "Katrien", "Tracy", "Summer (Priority Version)" et "R U Still in It ", qui ont toutes leur petit côté indéchiffrable, leur petit je-ne-sais-quoi, comme disent les Anglais.
Mais le nerf de la guerre reste à ce jour l'épique finale "Mogwai Fears Satan", qui, plus de dix ans après sa création, demeure un joyau inestimable du genre, où les rythmiques implacables côtoient parfaitement les montées et les chutes de tension. À elle seule, la symphonie de seize minutes aurait suffit à déclarer Mogwai comme maître du genre. Une manière bien convaincante de terminer l'album et qui, à ce jour, reste insurpassée -- c'est selon les avis.
Young Team est donc un excellent album, mais, à titre de classique du post-rock, en est un de calibre moyen. La jeune formation, pour qui l'enregistrement de ce premier effort fut un véritable enfer, allait bien sûr se surpasser par la suite, mais jamais leur soif d'expérimentation mènerait-elle à des moments aussi imprévisibles et surprenants. Mogwai a ici enrichi le vaste territoire du post-rock d'un son nouveau, sans pourtant en dessiner un cadastre bien défini. Et puis d'abord, il faudrait savoir c'est quoi le post-rock au juste...
.: Mathieu Dupont
Mardi, 23 septembre 2008
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