Man an Ocean
Fields/Hurricanes
[ Man an Ocean ] 2009
Cote .: 7,5

Cinématographique. C'est le mot qui vient à nos lèvres lorsque vient le moment de décrire le projet musical fondé par David Ratté en 2007, Man an Ocean. C'est aussi le mot qui colle le mieux à toute forme de musique rock-ambiante-instrumentale -- entendre post-rock -- qui se respecte. Clairement en phase avec les Mogwai, Explosions in the Sky et Godspeed You! Black Emperor de ce monde, le second album de Man an Ocean, Fields/Hurricanes reprend les poncifs du genre en leur injectant une bonne dose d'émotion.

Originaire de Baie-des-Sables en Gaspésie, David Ratté avait déjà attiré l'attention suite à la parution, en 2008, d'un premier album intitulé This Is not About Who's Gonna Win. Il poursuit dans la même veine instrumentale avec son second effort, sur lequel il joue de tous les instruments, allant de la guitare au piano en passant par le xylophone, les percussions et le glockenspiel. Le résultat est franchement agréable, quoique certains auront de la difficulté à digérer les quelques soixante minutes de musique à fleur-de-peau que nous offre ici Man an Ocean. Heureusement, l'idée que l'oeuvre soit séparée en deux parties permet de souffler un peu: la première, Fields, est plus sereine et empreinte d'espoir, tandis que la seconde, Hurricanes, on le devinera, se révèlera plus sombre et troublée. Ensemble, ces deux parties forment un tout introspectif et cérébral qui incite au voyage et à la réflexion.

Privilégiant autant la guitare que le piano, Man an Ocean vacille entre la froide délicatesse de l'ivoire et la chaude intensité de la six cordes. Le résultat ? Un album tout en nuances qui nous permet de flotter entre des gammes d'émotions souvent opposées, mais toujours dans une optique dramatique qui ne laisse que très peu de place à la légèreté. Optique grandement servie par les arrangements soignés de son auteur qui agrémente ses compositions -- essentiellement basées sur des motifs répétitifs à partir desquels il ajoute de légères variations -- de sonorités électroniques, de percussions parfois agressives, parfois lancinantes et de couches de son qui nous plongent dans un univers immersif à souhaits. L'apport de Daniel Fontaine-Bégin au mix et au mastering y est sans doute pour quelque chose, puisque tout sur Fields/Hurricanes respire le professionnalisme.

On trouve deux côtés à la musique de Man an Ocean. Le premier, classique, est clairement inspiré des pianistes modernes comme Erik Satie, Yann Tiersen et Hauschka, tandis que le second s'apparente plus à la scène post-rock contemporaine et à ses principaux protagonistes (mentionnés plus haut). Sur la pièce introductive, "Guess I Have to Move On, Right?", on jurerait entendre un morceau instrumental de Portishead, avec ses petites touches de guitares wah-wah et son beat très trip-hop, autre influence pleinement assumée sur l'album. Si les chansons aux sonorités post-rock ont été entendues à mille reprises, notamment chez Mogwai et Pawa Up First, elles n'en demeurent pas moins émouvantes et radieuses dans leur éclat de sonorités saturées et tragiques. C'est plutôt du côté des pièces classiques, construites sur de magnifiques motifs de piano, qu'on ira chercher la réelle beauté de l'album: la trilogie "Afterlife" est sur ce point irréprochable.

Voilà donc un album qu'il nous a fallu digérer longuement avant d'arriver à un verdict digne de ce nom, ce qui est la norme pour bon nombre de parutions instrumentales du genre. Car pour arriver à s'y retrouver et à faire fonctionner la magie, il faut être attentif et libre de toute distraction extérieure, un peu comme si on écoutait un long métrage. L'émotion ressentie étant l'aune à laquelle on mesure une oeuvre comme Fields/Hurricanes, on peut affirmer que le travail est réussi haut la main. Sans être un album parfait ou complètement original -- loin de là -- ce deuxième effort de notre ami David Ratté en est un qui dénote d'une démarche tout à fait sincère et authentique, les émotions étant le reflet d'un parcours de vie où la musique occupe une place prépondérante, voire vitale. Pour cette raison, et pleins d'autres, Fields/Hurricanes mérite votre attention.

 

.: Mathieu Dupont
Mardi, 26 janvier 2010

   

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