The Lost Sounds
Lost Sounds
[ In the Red ] 2004
Cote .: 8,5
À travers quelques recherches visant à déterrer l'imposant passé musical d'un certain Jay Reatard (voir la section Pleins feux), nous sommes tombés nez à nez avec un des ses projets les plus ambitieux et éclatés. Quatrième album de la saga Lost Sounds, cet album éponyme est un réel capharnaüm post-apocalyptique impossible à catégoriser, ce qui n'explique pourtant pas pourquoi il fut criminellement ignoré par les médias au moment de sa sortie. Mystère.
Des riffs assassines, des effets de claviers innovateurs, des intonations inquiétantes, des choeurs à mi-chemin entre le post-hardcore et le black metal: il y a dans Lost Sounds tous les éléments pour attirer l'attention, pour le meilleur et pour le pire. Car il règne un air délétère sur cet album, vous savez, celui qui surgit juste après l'explosion d'une bombe à hydrogène ? On verrait bien la musique des Lost Sounds accompagner Mad Max dans ses combats à mort à l'intérieur du dôme: «deux hommes entrent, un seul sort!». Voilà toute l'énergie du désespoir contenue dans cet album exprimée à travers une analogie douteuse. Mais quand même, on ne sort pas indemne du dôme.
Outre l'impressionnante étendue des influences que contient Lost Sounds -- qui vont du post-punk, au garage rock, en passant pas la musique surf, le doom-metal et la musique new wave expérimentale
--, l'alternance entre les voix féminine et masculine rend l'expérience d'autant plus agréable que le chant enragé de Jay Jay (Reatard) et celui plus nonchalamment cool d'Alicja Trout se complètent à merveille. Avec ces armes en main, The Lost Sounds fut l'espace d'un temps le groupe le plus menaçant à sillonner l'Amérique.
À défaut d'avoir été écoutés, ils ont néanmoins produit le rock le plus abrasif qui soit en prenant bien soin de régler leur jeu au quart de tour en plus de nous jeter à la figure de véritables hymnes en technicolor. "I Get Nervous" et son refrain dévastateur («Those things they put inside me/You know they make me nervous») est sans doute la déflagration la plus intense de l'album avec sa structure stop/start digne des Pixies. "Ophelia" quant à elle trouve le moyen de mélanger de manière fort convaincante Devo, les Misfits et Napalm Death en deux minutes et demie. Sans oublier l'invitation à l'autodestruction qu'est "Let's Get Sick" et, surtout, la géniale "And You Dance?", brûlot excentrique dont le refrain est tout ce qu'il y a de plus exquis. On en redemande, quitte à devoir porter des prothèses auditives d'ici quelques années.
Moins blues et plus brutal que les White Stripes, plus bizarroïde que les Queens of the Stone Age et moins cérébraux que Liars, les Lost Sounds auraient facilement trouvé leur niche auprès des amateurs d'électro-punk et d'indie-rock bruyant. Malheureusement pour ces derniers, le groupe n'a jamais connu le succès qui aurait dû lui revenir durant son existence (1999-2005) et même après. Si on regarde la production musicale de l'an de grâce 2004, Lost Sounds aurait très bien pu apparaître dans les palmarès des meilleurs albums sans rougir devant des artistes dont on n'entend plus parler aujourd'hui. Voilà donc un album qui a très bien vieilli et qui continuera de le faire jusqu'à ce qu'une nouvelle génération de musiciens et de mélomanes le redécouvre et en fasse leur trame sonore d'un monde plus chaotique qu'on le croit.
.: Mathieu Dupont
Jeudi, 11 février 2010 |