Lady & Bird
La Ballade of Lady & Bird
[ EMI ] 2009
Cote .: 8,0
L'hiver arrive à grands pas. Vous en êtes probablement déjà conscients. Mais inutile de succomber à la morne étreinte du spleen automnal, il suffit de s'y jeter délibérément pour en apprécier toutes les vertus. Posologie: ce magnifique baume, format musical, du duo Lady & Bird enregistré en concert aux côtés de l'Orchestre symphonique d'Islande.
Composé de la franco-israélienne Keren Ann Zeidel et de l'islandais Bardi Johannsson, le projet Lady & Bird demeure un petit joyau de mélancolie encore trop peu connu en terre américaine. Après un premier effort homonyme discret en 2006, ils nous reviennent ici avec un album live beaucoup plus ambitieux que tout ce qu'ils auraient pu réaliser ensemble ou en solo. Enregistré le 5 juin 2008, lors du spectacle de clôture du Festival des Arts de Reykjavik, cette prestation relève beaucoup plus de la magie et de l'émerveillement que du simple spectacle à grand déploiement. Au-delà du côté grandiose de l'événement, on y retrouve une beauté mystérieuse qui n'est pas sans évoquer les paysages irréels de l'Islande.
Dès la pièce instrumentale qui sert d'introduction, le message est clair: l'expérience en sera une empreinte de mélancolie, mais aussi de fantastique. Choeurs épiques, tambours battants, harpe, cuivres et sections de cordes s'entrechoquent à la manière d'une trame sonore de Danny Elfman, celui qui met si brillamment en musique l'univers clair-obscur de Tim Burton. S'ensuivent une série de pièces toutes plus angéliques les unes que les autres, toujours grandioses, qui bénéficient à merveille du traitement orchestral offert par nos musiciens islandais. Si le coeur même de ces morceaux est tout ce qu'il y a de plus sobre et délicat, l'instrumentation leur donne un aspect froid, presque glacial, qui ajoute au côté féérique de l'écoute.
En clair, c'est comme si Belle and Sebastian et Joni Mitchell rencontraient Prokofiev et Tchaikovsky dans votre salon. Tout ce qu'il vous reste à faire est de sortir les hors-d'oeuvre et le bon vin pour apprécier la finesse de cette surprenante rencontre et espérer y trouver la force d'affronter l'hiver. Une saison qui, tout comme La Ballade of Lady & Bird, recèle sa part d'obscurité, mais aussi de pureté lumineuse. Rarement musique et cycle saisonnier font-ils aussi bon ménage. À vous maintenant d'en tirer toute la beauté.
.: Laurent Provencher
Lundi, 19 octobre 2009
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