
Eh! oui, Mam-Web a cinq ans. Cinq ans à vous présenter la crème et la moisissure de la musique rock des années deux mille. Cinq ans à suivre l'évolution d'une scène locale en pleine effervescence, qui a attiré l'attention des médias américains et internationaux vers un nombre sans cesse croissant de formations montréalaise. À un certain moment, on a même cru qu'il ne fallait que se produire une ou deux fois dans une petite salle du Mile-End, de manière nonchalante et brouillonne, pour que notre band devienne instantanément la coqueluche de la presse musicale indépendante. On a essayé; ça n'a pas fonctionné. Alors on s'est rabattu sur une publication numérique pour jouir nous aussi du buzz entourant la ville. Et c'est pourquoi Mam-Web a aujourd'hui cinq ans...
Mais le bouillonnement artistique de Montréal n'est pas le fait d'un phénomène de génération spontanée. L'évolution y a été pour quelque chose, évidemment. Il y a eu le début du rock n' roll avec les Beau-Marks et surtout, The Haunted, encore aujourd'hui reconnu comme une formation culte dans le petit monde du rock garage. Puis Leonard Cohen, le poète, est devenu le plus illustre ambassadeur de la métropole dès la parution de son premier long jeu en 1967, tandis qu'Harmonium s'est fait connaître aux États-Unis en s'exprimant dans la langue de la Bolduc. Puis toute une série de success stories bien de chez nous s'ensuivirent: la pop doucereuse de Gino Vannelli, le hard-rock mélodique d'April Wine, la pop-metal d'Aldo Nova, la pop-beau-gosse de Corey Hart et le new-wave pince-sans-rire des Men Without Hats contribuèrent à mettre (l'Ouest de) Montréal sur la carte musicale.
Au-delà des succès commerciaux, l'île à aussi été un des terreaux fertiles de l'underground canadien durant les années 1980 et 1990. Qu'on pense à The Nils, à Deja Voodoo, aux Asexuals, aux Doughboys, à Voivoid, à Grimskunk, à Groovy Aardvark et à Me, Mom & Morgentaler, Montréal s'est toujours illustrée comme génératrice de sons nouveaux -- et pas seulement comme la plaque tournante de l'opéra-rock. À l'origine de l'attention renouvelée des médias étrangers à l'égard de la scène locale se trouvent deux phénomènes bien connus des observateurs indigènes: le succès tonitruant de Bran Van 3000 et de sa chanson phare "Drinking in L.A." en 1997-1998, mais aussi, et surtout, l'émergence sous-terraine du très estimé collectif post-rock Godspeed You! Black Emperor et de son label montréalais Constellation, qui dès 1998 furent reconnus comme le degré zéro du rock instrumental contemporain.
Le reste de l'histoire nous est bien familier. Les premiers albums des Unicorns, d'Arcade Fire arrivent dans les bacs nord-américains avec grand fracas, puis David Carr publie en février 2005 son fameux article intitulé Cold Fusion: Montreal's Explosive Music Scene, où la métropole québécoise est insérée dans la droite lignée des Athens, Minneapolis, Seattle, Austin et New York de ce monde. Montréal brille alors de tous ses feux tandis que les journalistes étrangers (américains pour la plupart et très maladroits pour certains) tentent de saisir les causes directes de ce phénomène culturel florissant. Tout comme Seattle avait été la rampe de lancement du grunge et de la vague alternative qui sévirait tout au long des années 1990, Montréal devenait par défaut le parangon de l'émergence du courant indie-rock actuel, en le portant au rang de culture populaire. Pour le meilleur et pour le pire.
Voici donc dix albums qui ont marqué cette période importante de l'histoire musicale québécoise, celle qui, étrangement, coïncide avec l'existence de ce présent webzine. Comme quoi notre présence y a été pour quelque chose. Mais trêve de plaisanteries, ce court aperçu de la période 2004-2009 en est un qui, quoique sommaire, tente de faire ressortir les ouvrages importants, tant au niveau de la petite histoire que de la qualité des musiques, qui ont fait chanter Montréal et rougir les métropoles culturelles du monde entier. Portrait d'une ville où les disquaires indépendants, les petites salles de spectacles émergentes et les studios d'enregistrements novateurs ont permis à une communauté tissée serrée de musiciens de créer un son unique et moderne.
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Les Georges Leningrad
Deux hot dogs moutarde chou
[CocoCognac ] 2002
[ Blow The Fuse] 2003
[ Alien8 ] 11 mai 2004
Ici, pas de place à la concession: on aime ou on déteste. Les zones grises? Connaît pas. Véritable ovni de la scène musicale montréalaise, ce premier album des Georges Leningrad a démontré à lui seul toute la folie créative et le délire artistique dont la métropole était capable. Le fait que les médias étrangers se soient intéressés au «rock pétrochimique» de ce «monstre polyglotte à trois tête» relève de l'incompréhension. Car rien dans la musique des Georges est facilement déchiffrable ou encore accessible, la formation préférant la force du médium -- genre de art-punk minimaliste -- au message, chose que vous ne retrouverez jamais sur Deux hot dogs moutarde chou. Mal enregistré par des musiciens se souciant aussi peu de la qualité de l'interprétation que de celle des compositions, l'album se veut un véritable pied-de-nez aux conventions préétablis, ce qui n'est pas sans rendre l'écoute, disons-le, difficile. L'objet doit donc être approché avec précaution et dans les circonstances idéales, mais lorsqu'il prend son envol, difficile de ne pas embarquer pour un voyage tribal/primal déstabilisant. Huit ans après sa parution au Québec (et six ans depuis sa sortie aux États-Unis via Alien8), Deux hot dogs moutarde chou est le degré zéro du rock expérimental local de la dernière décennie et l'oeuvre qui a influencé un nombre important de formations à démarrer leur entreprise malgré un bagage technique déficient, de We Are Wolves à Duchess Says.
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The Dears
No Cities Left
[Maple] 2003
[spinART] 19 octobre 2004
La plus britannique de toutes nos formations «locales», The Dears fut l'espace de quelques années l'espoir sur lequel reposait l'avenir et la reconnaissance internationale de la musique anglophone d'ici. Avec No Cities Left, suite au très prometteur End of a Hollywood Bedtime Story (Grenadine, 2000), la bande à Murray Lightburn répondait de manière éloquente aux attentes engendrées par le premier album et attirait de surcroît le regard de la presse anglaise. De fait, l'album atteindrait la 127e position du palmarès britannique et permettrait au groupe de surfer la vague brit-pop -- ou ce qui en restait. Clairement influencé par Morissey (The Smiths), Joy Division et autres Echo & The Bunnymen, The Dears s'est néanmoins démarqué de ses sources grâce à une réactualisation du genre pop-rock-dense-et-élégante: voguant aussi bien entre des contrées sombres et sardoniques que des sommets éthéré et épiques, No Cities Left est sans doute ce que le groupe nous a offert de plus varié et soigné en carrière. Certes, l'univers post-apocalyptique des Dears n'est pas toujours jojo ici, mais difficile de ne pas vouloir retourner dans la gallère. Malgré le départ récent de plusieurs de ses membres de longue date -- qui ont formé leurs propres formations, dont For Those About to Love et Black Diamond Bay -- The Dears est toujours actif aujourd'hui, mais jamais son influence ne sera-t-elle aussi importante pour la scène locale qu'elle le fut durant la première moitié des années 2000. Et No Cities Left est le témoignage indélébile de cette influence qui subsiste toujours.
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The Unicorns
Who Will Our Hair When We're Gone ?
[Alien8] 21 octobre 2003
Avec leur second effort, les Unicorns allaient à eux seuls définir les paramètres du indie-rock façon Mile-End, ce genre musical brouillon, éclaté et mélodique qui ferait saliver les chroniqueurs du webzine américain Pitchfork. Suite à la parution de Who Will Cut Our Hair When We're Gone?, on ne compterait plus le nombre de groupe aux accents naïfs et colorés qui reprendraient le flambeau du trio montréalais -- rarement pour le mieux. Formé de Nicholas Thorburn (alias Nick Diamonds), Alden Penner (alias Alden Ginger) et Jaime Thompson (alias Jaime Tambeur), les Unicorns sont devenus, entre 2003 et 2004, les chouchous de la scène indé, plaçant du même coup Montréal au centre de la blogosphère musicale hypée -- jusqu'à ce qu'Arcade Fire prenne le relais. Grâce à des chansons pop lo-fi souvent tarabiscotées, mais toujours mélodieuses, voire hymniques, le phénomène Unicorns prit d'assaut des endroits aussi éloignés que le Royaume-Uni et l'Australie, plaçant par le fait même la formation au rang de groupe culte. Malheureusement, Who Will Cut Our Hair When We're Gone? serait le testament des Unicorns qui, après une tournée éreintante en 2004, mettraient abruptement fin au projet: Thorburn et Thompson poursuivraient l'aventure à travers l'éphémère Th'Corn Gangg puis via Islands, tandis que Penner prendrait son temps avant de former le groupe Clues, aux côtés de l'ex-Arcade Fire Brendan Reed. Malgré tout, encore aujourd'hui, les journalistes mesurent la qualité de ces projets à l'aune de cet album essentiel de l'histoire récente du Montréal musical. C'est tout dire.
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Arcade Fire
Funeral
[Merge] 14 septembre 2004
L'évidence même ! Qui n'a pas entendu parler de l'épiphénomène mondial qu'est devenu Arcade Fire, ce petit groupe d'expatriés installés au coeur du Mile-End, qui, le coeur sur la main, ont enregistré l'un des meilleurs albums pop-rock de la dernière décennie? Avec Funeral, les nombreux membres d'Arcade Fire ne mettraient pas seulement Montréal sur la carte des mélomanes, mais placeraient du même coup le courant indie-rock au sommet de la chaine alimentaire musicale -- ou presque. Un véritable choc planétaire qui a opéré une rupture au sein de l'industrie musicale, prouvant qu'il était possible de connaître un succès international sans l'appui des majors. Bien sûr, Modest Mouse, The Shins ou Interpol ont atteint un certain niveau de succès commercial en respectant les paramètres grâce auxquels on peut les définir comme indépendants, mais jamais au niveau atteint par les Montréalais. Imaginez, des fans de U2 ou du Dave Matthews Band qui n'avaient jamais entendu parler de Neutral Milk Hotel, des Talking Heads, de Bowie même, avaient maintenant accès à un style musical qui avait longtemps été réservé aux arcanes indépendantes. Le rock orchestral et maniéré était désormais au goût du jour, attirant par la suite tous les regards vers Montréal, capitale d'une musique dont on cherche encore la définition. Bref, vous le savez, Funeral est un album important, probablement le jalon auquel on se référera au cours des prochaines années pour mesurer l'impact de la métropole québécoise sur la culture populaire mondiale.
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Wolf Parade
Apologies to the Queen Mary
[Sub Pop] 27 septembre 2005
Peut-être pas aussi percutant que l'effet-Arcade-Fire, le phénomène-Wolf-Parade a néanmoins contribué à jeter de l'huile sur le buzz entourant Montréal. Formé par une bande de britanno-colombiens (sic) venus s'installer dans la Ville-Marie -- pour le prix des loyers peut-être -- Wolf Parade avait déjà soulevé de nombreuses attentes avant même la parution de son premier album. Marqué par des prestations souvent brouillonnes mais largement compensées par des chansons vraiment bien ficelées, le groupe devait relever le défi suscité par le bourdonnement médiatique; ce fut chose faire avec Apologies to the Queen Mary, enregistré sous la houlette d'Isaac Brock (Modest Mouse) et lancé via Sub Pop, rien de moins. Intensité lancinante, mélodies à faire lever le poing et arrangements aussi simples qu'efficaces, ce premier album de la bête bicéphale formée par le combo créatif de Dan Boekner et de Spencer Krug qui apportent chacun leur personnalité au projet. Le premier, plus terre-à-terre, aligne à la perfection les hymnes rock à la fois grisants et touchants, tandis que le second insuffle une bonne dose d'excentricité grâce à des constructions baroques et une interprétation rappelant les deux David, Bowie et Byrne pour ne pas les nommer. Miraculeusement, la formule tient la route et Apologies se révèle être un véritable morceau d'anthologie rock, bien au-dessus de toute hype. Cinq ans après sa sortie, l'album résonne toujours aussi fort à nos oreilles et demeure le seul concurrent potentiel capable de rivaliser aux côtés de l'immense Funeral pour le titre de meilleur album rock par au cours des dix dernières années.
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Malajube
Trompe-l'oeil
[Dare to Care] 07 février 2006
Le Compte complet laissait présager un talent certain pour la pop-rock angulaire, mais jamais n'aurait-on imaginé un successeur aussi énorme que Trompe-l'oeil pour combler toutes les attentes et placer Malajube au rang de meilleure formation franco-québécoise depuis Harmonium. Capables de projeter des missiles pop radiophoniques ("Montréal -40°", "Pâte filo") autant que des obus à fragmentation alambiqués ("Le Crabe", "Fille à plume") les quatre gars de Malajube ont démontré qu'ils maîtrisaient non seulement leurs instruments, mais aussi, la quasi entièreté du lexique rock des trente dernières années: progressif, folk, pop, hip-hop, métal, tout y passe. Avec du matériel d'aussi grande qualité, la formation originaire de Sorel n'allait pas laisser passer l'occasion de se produire sur les scènes du monde entier, États-Unis en tête, où ils réussirent à attirer l'attention des médias malgré le fait qu'ils s'exprimaient dans la langue de Sarkozy, chose que seule la bande à Fiori (ou presque) avait réussi à faire dans le passé. Un véritable exploit qui a cependant coûté beaucoup d'énergie aux musiciens qui se sont littéralement exténués durant une année de tournée pour le moins exigeante. Mais Malajube a appris de ses erreur et la campagne de promotion pour Labyrinthes, digne successeur de Trompe-l'oeil, serait beaucoup mieux organisée, histoire pour le groupe de se concentrer sur sa musique et de réapprivoiser ses motivations premières: l'expérimentation et le plaisir de jouer. Le quatuor a encore un très bel avenir devant lui, mais aux yeux de plusieurs fans Trompe-l'oeil restera l'ultime témoignage d'un groupe qui, en 2006, était le plus important du globe. Intemporel.
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Pierre Lapointe
La Forêt des mal-aimés
[Audiogram] 22 mars 2006
Beaucoup se sont plus à détester Pierre Lapointe. Son air arrogant, son petit accent parisien et sa démarche hautaine n'ont rien fait pour aider, avouez-le. Après un album homonyme paru en 2004, truffé de références à la chanson française, l'artiste multidisciplinaire s'est permis le luxe d'un album (vaguement) concept avec La Forêt des mal-aimés, véritable épopée lyrique au coeur des sentiments humains les plus équivoques. Bénéficiant de magnifiques arrangements de cordes, la pop-kitch de l'artiste né au Saguenay-Lac-Saint-Jean a littéralement balayé la culture populaire québécoise en rejoignant autant les masses que les cercles artistiques montréalais. Avec des mélodies aussi infectieuses, impossible de ne pas tomber sous le charme de l'album, tandis que grâce à un traitement haut en couleur et racé, il fut dès lors importun de dénigrer le talent de compositeur de Lapointe. Bref, La Forêt des mal-aimés est une oeuvre marquante de l'histoire musicale québécoise récente, tant par son audace que par la finesse des ses textes: les Français n'ont qu'à rougir devant cette leçon de chanson moderne, encore aujourd'hui inégalée.
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The Besnard Lakes
Are the Dark Horse
[Jagjaguwar/Outside] 20 février 2007
Jace Lasek, leader des Besnard Lakes, a longtemps été au coeur de la scène musicale anglophone de Montréal, notamment grâce à son Break Glass Studio qui a produit des albums pour les Unicorns, les Dears, Wolf Parade et Sunset Rubdown, rien de moins. Fidèle chantre des technologies analogues et grand nostalgique des sonorités issues des années 60 et 70, Lasek s'est permis, à travers son projet musical, un authentique voyage classic-rock-shoegaze pour le moins planant et transcendant. Son deuxième plaidoyer, The Besnard Lakes Are the Dark Horse, est une ode à la beauté, tant musicale que totale, qui réactualise la notion même du long-jeu, objet homogène qui subjugue ses parties à la force de l'ensemble. C'est pourquoi la véritable joie d'écouter ce disque trouve son incarnation dans le format vinyle, qui seul est en mesure de retransmettre la facture vintage de la musique. Face-A: quatre morceaux pour vingt-quatre minutes. Arrêt. On retourne. Face-B: quatre pièces pour vingt-et-une minute. L'expérience est envoûtante. Le falsetto de Lasek se couple à la douce voix de sa conjointe, Olga Goreas, à travers une explosion sonore qui tient autant du wall-of-sound de Phil Spector, qu'à la magie des Beach Boys et la mélancolie post-moderne d'un My Bloody Valentine ou d'un Spiritualized. En d'autres mots, magique. Nominé en 2007 pour le prix Polaris, le «cheval noir» demeure l'orfèvrerie musicale montréalaise la plus sous-estimée de la dernière décennie et The Besnard Lakes, l'un des trésors (plus ou moins) cachés de la scène locale. À voir absolument en spectacle si ce n'est pas déjà fait.
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Plants and Animals
Parc Avenue
[Secret City] 26 février 2008
Quelques années après sa parution, force est d'admettre que Parc Avenue est un foutu bon album. Peut-être pas l'oeuvre la plus tape-à-l'oeil et atypique, mais un exemple flagrant de ce qui fait de Montréal un terreau aussi fertile pour les artistes de tous acabits. À l'image de la métropole -- et surtout de l'avenue Parc, carrefour migratoire --, la musique de Plants and Animals est multiculturelle, ouverte au monde et inventive. Aucune dose de prétention ici; seulement du bon folk-rock moderne capable de réconcilier les fans de Wilco et d'Arcade Fire sans trop de mal. Composé d'un francophone, Nicolas Basque, et de deux Néo-Écossais, Matthew Wooldey et Warren Spicer, trois (ex-)étudiants de Concordia, Plants and Animals est sans doute la formation montréalaise la plus chaleureuse et rassembleuse qui ait foulé le sol de l'île. Leurs chansons se révèlent être de petits hymnes néo-hippies qui donnent envie de chanter en coeur, sous le soleil du parc du Mont-Royal, un dimanche matin. Parfois introspectif, souvent explosif, mais toujours surprenant, le style bigarré du trio plonge ses tentacules à travers presque tous les genres musicaux rassemblés dans le fourre-tout qu'on appelle rock: musique folk, southern rock, chanson lyrique, afro-beat, indie-rock, dream-pop, tout passe dans le collimateur Plants and Animals sans pourtant sacrifier la personnalité et la sensibilité de ses membres. Un tour de force où l'ambition n'a jamais semblé aussi modeste.
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Karkwa
Le Volume du vent
[Audiogram] 1er avril 2008
Au cours des dernières années, se sont illustrées deux formations auxquelles les journalistes se sont constamment référés afin de définir tous les groupes francophones qui émergeaient de leur sillage: la première est Malajube, qui a engendré son lot d'émule; la seconde est Karkwa, qui a élevé la barre pour tous les artistes se réclamant de la vague brit-pop. Si le premier album fut oublié de tout le monde et que le second fit l'effet contraire, ce troisième opus de la formation montréalaise se révéla être le parachèvement d'un cheminement artistique pour le moins spectaculaire. Une réalisation soignée, des textes fluides et intelligents, mais aussi, et surtout, des chansons magnifiques qui nous font traverser une grande variété de panoramas sonores et émotifs. On a droit ici a un véritable travail d'orfèvre, rien à voir avec la majeure partie de la production musicale franco-québécoise souvent pompeuse et inoffensive. Et le plus étonnant, c'est que malgré la longue liste de formations auxquelles on a comparé Karkwa (Radiohead, Pink Floyd, Octobre, Muse, Les Chiens, etc.), Le Volume du vent sonne comme du... Karkwa, rien d'autre. À ce chapitre, c'est tout un exploit, sans compter que les musiciens accomplissent un tour de force au niveau de leur jeu sans pourtant verser dans l'excès de virtuosité. Bref, avec ce troisième disque, les gars de Karkwa ont réalisé un pur classique rock, en français, et ce, sans s'aliéner les fans de la première heure au profit d'un public élargi. Le meilleur des deux mondes. |