Beach House
Teen Dream
[ Sub Pop ] 2010
Cote .: 9,0
Voilà un petit bout de temps que l'album est sorti. Un petit bout de temps, aussi, qu'il tourne dans mon tourne-disque de manière lâche et dispersée. Il aura fallu une écoute plus attentive pour saisir au vol la magie s'opérant au sein de Teen Dream, troisième album de la formation du Maryland, Beach House. Maintenant, il ne fait plus de doute qu'on a ici à faire à une oeuvre incroyablement riche et puissante dont le caractère vaporeux n'a d'égal que l'instinct pour les mélodies irrésistibles. Bref coup d'oeil sur un des meilleurs albums de l'année, et on n'est qu'en février.
Si l'engouement pour le premier album éponyme m'avait laissé de glace et que l'encensement de Devotion, seconde offrande, m'avait quelque peu surpris, voilà que Teen Dream me réconcilie non seulement avec la musique du duo composé de Victoria Legrand et d'Alex Scally mais aussi avec la dream-pop dans son ensemble. Ce genre musical, souvent froid et prétentieux, qui se plaît à dissimuler les mélodies -- quand il y en a -- derrière un mur de son sirupeux et éthéré, m'a toujours paru n'être qu'une tromperie orchestrée par des musiciens sans talent dont le seul mérite consistait justement à éluder ce-dit manque de talent via une surabondance de couches sonores. Même lorsque comme chez les Cocteau Twins ou Mazzy Star la qualité était au rendez-vous, il m'était impossible d'adhérer au club sélect des aficionados de la dream-pop. Cette fois-ci par contre...
Alors quel est le changement expliquant ce brusque revirement de cap ? Disons que l'arrivée derrière les consoles de Chris Coady, celui qui a réussi à réinventer le son de Blonde Redhead sur le sublime 23 (4AD, 2007) en plus de travailler avec Grizzly Bear, TV on the Radio et les Yeah Yeah Yeahs en est peut-être pour quelque chose. Sur Teen Dream son travail a permis à Beach House de prendre de l'ampleur et de rendre enfin justice à ses compositions, autrefois impalpables. Si l'imperfection dans l'enregistrement des deux albums précédent leur conférait un charme particulier, il aurait été mal choisi pour le groupe de poursuivre dans cette voie avec des chansons qui demandaient des contours mieux définis et une voix, celle de Victoria Legrand, qui ordonnait un traitement particulier. Cette voix unique, à mi-chemin entre Nico et Grace Slick (Jefferson Airplane), qui a toujours été le principal vecteur émotionnel du groupe en est à présent l'élément clé. Et tant mieux.
Mais attention, Beach House n'est pas pour tout le monde pour plusieurs raisons: 1) Il n'y a rien d'instantané dans leur musique, ce qui pourra rebuter ceux qui préfèrent les chansons pop aux limites bien établies; 2) Malgré un nom aux connotations estivales, la musique de Beach House est plutôt mélancolique et solennelle, rien pour agrémenter vos partys à la plage d'Oka; 3) L'instrumentation et les arrangements employés par la formation demandent une écoute attentive avant de révéler leurs charmes et, de surcroît, nécessitent un certain bagage musical chez ceux qui désirent apprécier cette musique à son juste niveau. Mise en garde terminée. Passons à l'essentiel.
Plus touffu et élégant que les albums précédents, Beach House n'en garde pas moins la simplicité: nappes de claviers parcimonieuses, notes de pianos simplettes, percussions vintage, guitares résonnantes. Cette approche minimaliste permet aux chansons de bien respirer et aux riches sonorités de se laisser doucement découvrir au fil des écoutes. En un mot: nuance. La voix de Legrand, au-dessus du mix, devient alors le lien qui soude cette concoction sonore dans un style qui est désormais bien l'apanage de Beach House.
S'il est ardu de pénétrer l'univers de la formation de Baltimore, les musiciens ont bien compris qu'ils devaient offrir une introduction mémorable: le triumvirat composé de "Zebra", "Silver Soul" et "Norway" pourrait bien être ce que Beach House nous a offert de plus réussi. La première avec ses fabuleuses notes de guitares répétitives et son refrain épique, la seconde grâce à sa douce nostalgie et son ambiance bizarrement pastorale, la troisième sous l'effet d'un jeu de slide guitar rappelant My Bloody Valentine et une interprétation vocale incarnée. Bref, une entrée en matière qui donne envie de poursuivre l'expérience. Et tant mieux, puisque la suite mérite la même attention; mention particulière à "10 Mile Stereo", légèrement électro mais tout aussi grandiose, ainsi qu'à "Real Love", une magnifique ballade de Victoria Legrand, accompagnée de son piano, qui à elle seule réussit à démontrer la maturité atteinte par le groupe sur cet album.
Certains critiqueront le côté funeste et froid de Teen Dream; d'autres désapprouveront ce virage plus propre et orchestral. Mais d'aucuns ne pourront reprocher à Beach House d'avoir tenté quelque chose de nouveau, et cela, dans les paramètres qui ont fait leur renommée par le passé. En ce qui me regarde, cette nouvelle incarnation du duo est celle que je préfère. Complexes et profondes, quoique aériennes et dépouillées, les chansons rassemblées sur Teen Dream sont totalement envoûtantes et créent une véritable dépendance, chose qu'aucun autre album dream-pop n'avait engendrée chez moi. Maintenant je dois vous quitter pour mon prochain fix.
.: Laurent Provencher
Mardi, 09 janvier 2010
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