Avec pas d'casque
Dans la nature jusqu'au cou
[ Grosse Boîte ] 2008
Cote .: 7,5

Si vous êtes à la fois un fan de Jean Dion (Le Devoir) et du jeune Beck des débuts (Stereopathetic Soul Manure et One Foot in the Grave), ce qui n'est pas improbable, alors vous devriez jeter une oreille attentive au deuxième gravé d'Avec pas d'casque.

Alors que Jean Dion conjugue avec humour l'argot populaire à la prose radio-canadienne, Beck, de son côté, a su réinterpréter les bas-fonds de la musique folk et country pour en faire quelque chose de nouveau. Or, voilà précisément la tâche à laquelle s'est attelée la formation montréalaise Avec pas d'casque, qui, sur Dans la nature jusqu'au cou, poursuit la démarche entreprise sur le précédent Trois chaudières de sang et réactualise à sa manière bien nonchalante les canons de la folk et les paysages brouillons du country, tout en jonglant impunément avec les mots et les phrases.

Le duo composé de Stéphane Lafleur et de Joël Vaudreuil, auquel s'est joint le multi-instrumentiste Nicolas Moussette, exprime à travers son country-folk un peu bric-à-brac des émotions simples, sans fards ni trompettes -- à part quelques petites touches par-ci, par-là --, dont la mélancolie n'a d'égale que la monotonie de l'interprétation. Monotonie qui, par chance, est complètement éclipsée par la richesse des textes de leur auteur, Stéphane Lafleur, aussi connu pour son très acclamé Continental, un film sans fusil.

À la manière d'un cinéaste, Lafleur illustre des situations, des émotions, à grands coups d'images et d'ellipses, qui ne portent jamais de commentaires ou de jugements personnels, mais qui dressent plutôt des portraits créatifs d'une réalité crue, ancrée dans le quotidien. Souvent construits à partir de collages, les textes sombres révèlent néanmoins leur luminosité via des tournures de phrase judicieuses (voir Jean Dion) et des allusions pince-sans-rire qui font du bien. À ce titre, "L'Amour passe à travers le linge" en est un exemple parfait avec des phrasés comme: « Quand le bruit de la tôle qui s'froisse emplira mes oreilles / Quand la force de l'accident me sortira de mon siège /  Je penserai à toi des toutes mes RAIDEURS !!!!!!!! / Je défierai la mort avec mon canif rouge et je gagnerai encore / Et l'amour passe à travers le linge ». Voilà.

C'est sur le plan musical que le bât blesse. La voix monocorde de Lafleur n'a rien pour permettre à Dans la nature jusqu'au coup de lever vraiment, mais le veut-on... vraiment ? Tout est dans la nonchalance, donc, et la musique suit le registre. Parfois folk, parfois profondément country, mais toujours cafouilleuse et échevelée, la musique est tout ce qu'il y a de plus simple, quoique quelques ajouts de cuivres, de flutes et de gazous viennent relancer la mise. Peu de relief, alors ? C'est vrai, mais sur des pièces comme "L'Amour passe à travers le linge" et surtout "Si on change les équipes ce n'est plus une revanche", qui rappelle la fougue du Animal Collective, les musiciens tombent dans un délire pas du tout déplaisant qui aurait gagné à être utilisé ailleurs sur l'album. Sinon, c'est l'apathie qui triomphe...

À l'instar des Fred Fortin, Mara Tremblay, Dany Placard et Carl-Éric Hudon de cette Province, Avec pas d'casque se jette dans un passé fait de flanelle et de tabac à pipe, pour le ramener sur les trottoirs de la grand'ville. Une démarche moderne pour un style couleur sépia, c'est ça qui est au coeur du trio le plus vedge du quartier. Si dans la forme, le tout est plutôt réussi, il n'y a aucune raison de s'énerver et d'acheter toutes les marchandises à l'effigie d'Avec pas d'casque. Non, il faut seulement y aller dans les clichés et affirmer nonchalamment (un mot clé ici) que tout comme Trois chaudières de sang, qui nous avait ravi en 2006, Dans la nature jusqu'au coup est un excellent baume pour la saison automnale. C'est aussi simple que ça.

 

.: Mathieu Dupont
Jeudi, 20 novembre 2008

   

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