Viviane Audet
Le Long jeu
[ Voxtone ] 2006
Cote .: 7,0
La musique et la télévision croisent souvent le fer sans jamais prendre le dessus sur l’autre. Une des dernières personnes à assimiler les deux médiums est la jeune et talentueuse Viviane Audet. À travers son premier essai Le Long jeu, elle décroche quelques fléchettes typiquement françaises.
Viviane Audet doit vivre dans un rêve. Elle a défendu le rôle titre de l’excellente série L’Héritière de Grande Ourse tout en jouant un petit personnage extrêmement désopilant dans l’ensoleillant téléroman Rumeur. Rien pour crier au génie, mais des exploits considérables pour son jeune âge.
Sur le plan musical, elle offre des spectacles depuis quelques mois, sa participation aux prochaines FrancoFolies est assurée et son premier disque est sorti il y a de cela peu de temps. Le plus incroyable, c’est que son essai, sans être renversant, s’écoute passablement bien et s’éloigne de la pop horripilante et prédominante.
Avec son titre plutôt ordinaire aux connotations multiples, Le Long jeu pourrait sembler essoufflant avec ses seize titres. Heureusement, la plupart sont très courts et il y a même quelques plages inférieures à deux minutes ("Bruits d’bureau", "Ton ventre"). Du début à la fin, Audet parle des joies et des peines du quotidien, en s’étayant largement sur des expériences qui peuvent arriver à n’importe qui. En s’attardant à l’éphémère, elle évite le lyrisme d’usage pour rester dans les eaux terres à terres propices à la rigolade et à l’anecdote.
En faisant exception des "J’étais même pas là…" de Bruno Rouyère, le doublé réussi "Bonne humeur" et "Je veux" de Martine Coupal et la tendre "Chanson de bord de mer" de Gilles Bélanger sur la musique de Pierre Flynn, les autres pièces sont composées par l’actrice aux talents multiples. Ses textes pourraient se comparer à une version moins réussie et décontractée de Vincent Delerm, le cynisme s’étant presque complètement volatilisé.
Les personnes ignorant que cette chanteuse est née en Gaspésie gageront qu’elle provient de la France. Pas pour l’accent, mais pour les styles musicaux variés qui demeurent toujours très accessibles. Le piano, les multiples cordes, l’accordéon: voilà la première partie parfaite pour ouvrir le disque éponyme de Pierre Lapointe. Cette originalité diffuse, trop peu présente dans la Belle Province, perd cependant de son lustre face aux artistes de l’Hexagone.
Viviane Audet, c’est l’heureux mélange entre les attrayants Amélie-les-crayons et la délirante Jeanne Cherhal. Les ballades sont douces, tempérées, sans cesse mesurées. Par moment, les excès de "Parcourir amère" flirtent sur la mince ligne séparant la beauté intemporelle de la guimauve collante. Cette overdose est heureusement peu souvent atteinte. À d’autres endroits, c’est l’excitation, la tornade, les cris de ralliement. "Ton ventre" fait mouche à tous les coups et ce, même si c’est pratiquement une copie d’une pièce de madame Albin de la Simone.
Dépassant à peine les cinquante minutes, Le Long jeu semble toutefois un peu trop… long. Les chansons, toutes agréables, se ressemblent parfois un peu trop et elles laissent peu de traces indélébiles. Ce petit côté trop lisse et trop parfait doit cependant s’effacer dans des spectacles s’annonçant forts en rebondissements. Pour l’instant, il faut retenir le talent de Viviane Audet qui ne risque que de se développer au fil des années.
.: Martin Gignac
Jeudi, 8 juin 2006 |