Arthur H
Adieu Tristesse
[ Polydor ] 2005
Cote .: 7,5

Il est là. Il arrive. Attention ! Le toujours efficace Arthur H remet ça avec Adieu Tristesse, un autre récit testamentaire doux-amer comme il sait si bien les faire. Si les changements se remarquent difficilement d’année en année, le gage de la qualité absolue est toujours très présent. En voilà un autre qui vieillit sans difficulté.

Contrairement à cette nouvelle chanson française qui a vu les Thomas Fersen, Vincent Delerm, Jeanne Cherhal et autres Benabar surprendre en remportant beaucoup de succès sur leur passage, Arthur H a toujours été de l’ancienne école avec ses chansons vieillies, ses instruments rudimentaires et son timbre vocal qui faisait de lui le Tom Waits francophone. Malgré son jeune âge, il était beaucoup plus près d’un Boris Vian que des déluges plus contemporains des Têtes Raides. Une éducation sans doute inculquée par son paternel, l’immortel Jacques Higelin.

Depuis son premier disque éponyme en 1993, la carrière de fiston a toujours été sans aucun nuage à l’horizon. Enchaînant les solides albums (Bachibouzouk, Trouble Fête) avec des lives (En chair et en os, Fête trouble, Piano Solo) un peu trop nombreux et inutiles, il a atteint le sommet avec le majestueux Pour madame X en 2000 avec des introspections profondes, réalistes et bouleversantes. Par la suite, la fantaisie et la bonne humeur devaient régner, ce qui explique les élans plus pop et dansants sur l’excellent Négresse Blanche. Après avoir touché à tout avec succès, la route doit continuer. Pour le meilleur et pour le pire.

Après deux entités aussi disparates que réussies, difficile de demander mieux. Voilà peut-être ce qui explique pourquoi Adieu Tristesse semble plus ordinaire et prévisible. De très bonne facture, les treize morceaux ne surprendront probablement jamais l’amateur, et ce, même s’ils vont les transporter, encore une fois, sur l’autoroute principale du bon vieux rock français très atmosphérique. Les récents opus de Kent et de Benjamin Biolay offrent sans doute des trajets plus majestueux, mais ça ne sert à rien de bouder notre plaisir.

La pièce titre qui ouvre l’album est sans doute le moment le plus accrocheur. Les mots fondent dans la bouche, alors que l’ambiance jazzée est très chaude, presque suffocante. Cette sensation des plus sensuelle est toujours au rendez-vous lorsque Feist et Arthur H se chantent la pomme dans un délicat "La chanson de Satie" qui séduit par son charme austère. Plus introspective, "Le chercheur d’or" prend son temps d’exister et nécessitera de nombreuses écoutes pour réellement s’incruster chez l’auditeur. C’est également le cas de la majorité des plages qui doivent absolument être ingurgitées plusieurs fois pour totalement convaincre. Si ce n’est pas le cas, Adieu Tristesse ne peut que décevoir.

Plus grandiloquents que Pour Madame X et moins exubérants que Négresse Blanche, des instants comme "La fille de l’est", "Le baiser de la lune", "Ma dernière nuit à New York City" et "Ma Sorcière bleue" font littéralement rêver par leurs aspects lyriques qui devraient donner, comme toujours, des spectacles formidables. D’autres, plus courts ("L’amoureux"), lents ("Le danseur") ou posés ("Confessions Nocturnes"), deviennent des excellentes trames sonores pour des instants intimes où tout peut arriver.

Puisque Arthur H est maintenant une vedette accomplie et qu’il peut presque tout se permettre, les gens se bousculent à sa porte pour pouvoir chanter avec lui. Il y a la suave Feist, bien sûr, mais ce n’est pas tout. Avec M, le duo fait sourire gentiment sur "Est-ce que tu aimes ?", une légère mélodie sur les westerns. C’est sans doute un peu puéril, mais quel trip de gars ! Le clou demeure, bien entendu, la présence de Jacques Higelin sur l’extraordinaire "Le destin du voyageur" qui donne de nombreux frissons. Depuis le temps que ce moment était attendu ! Une des plus belles odes de 2005, qui rend rapidement les yeux mouillés.

Adieu Tristesse ne révolutionne peut-être pas le répertoire d’un homme comme Arthur H, mais il ne peut que satisfaire le moindre de ses admirateurs. Peu importe si les mélodies, la voix et l’instrumentation se ressemblent un tantinet, c’est le résultat final qui est important. Cet album, c’est une autre bombe en puissance qui mérite seulement d’être écoutée quelques fois avant d’exploser.

 

.: Martin Gignac
Mardi, 1er novembre 2005

   

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