The Arcade Fire
Neon Bible
[ Merge ] 2007
Cote .: 8,0

La formation la plus aimée de la planète prend le taureau par les cornes pour son deuxième opus. En mélangeant une recette gagnante avec de nombreux nouveaux éléments, le Neon Bible d’Arcade Fire ne peut décevoir. Un autre coup de grâce.

Tout et rien a déjà été dit, entendu et écrit sur le groupe montréalais Arcade Fire. Il est aimé de tous (Bowie, Byrne et compagnie) à défaut de vendre des millions d’albums. Leur attitude anti-commerciale, très proche du Radiohead de l’époque Kid A, a donné naissance à un culte qui devient presque aussi gros que celui de Jésus. Une bonne majorité de la planète musicale possède des attentes faramineuses envers Neon Bible et les sceptiques ont déjà préparé leurs missives. « De la hype bon marché » d’un côté et « de la redite sans imagination » de l’autre.

Pourtant, le band de Win Butler ne s’appelle pas Bloc Party ou Franz Ferdinand. Il sait livrer la marchandise au moment le plus opportun. Bien entendu, ce nouveau rejeton n’aura jamais la prestance de Funeral, un classique instantané comme il s’en fait si peu à chaque décennie. Pourtant, ce n’est pas qu’une pâle imitation.

L’univers fou de ces membres qui s’ajoutent comme des abeilles sur le bon miel -- il y a maintenant dix personnes sur scène lors des spectacles si endiablés -- est de mélanger des éléments gagnants avec quelques détours plus sombres. Il n’est guère surprenant d’apprendre que la ribambelle d’instruments imaginatifs et inusités est de retour. Le son qui découle de cette réalisation chargée en intensité se veut cathartique. C’est un nouveau langage pour la religion, comme en fait foi la magnifique pochette, le nom du disque et des chansons, l’enregistrement dans une église, la présence de l’orgue, etc. Ce nouveau dieu atteint une noirceur extrême dans les textes torturés et les ambiances malsaines, certainement autant que le The Cure des années Pornography.

Les morceaux épiques et rythmés sont heureusement de retour. Le "Black Mirror " de l’introduction sonne rapidement la charge. L’efficacité n’est plus du type "Laika" ou "Power Out ", mais encore plus profonde et insidieuse. Pour bien apprécier chaque titre à sa juste valeur, l’auditeur n’aura aucun autre choix que de repasser en boucle les mélodies jusqu’au temps où la conversion s’effectuera. Les jumelles "Keep the Car Running" et "No Cars Go" seront possiblement les plages les plus appréciées au début et les moins aimées par la suite. La première est linéaire sans être totalement magique alors que la seconde n’est qu’une reconstruction d’un petit chef d’œuvre présent sur le EP qui a fait connaître Arcade Fire. Enlevant à défaut d’être très original.

Beaucoup plus calme, atmosphérique et ingénieuse est la chanson-titre qui ralentit, l’espace de deux petites minutes, la cadence. De quoi apprécier encore plus les textures lorsque l’uniformité n’est pas totale. Magistral regain d’énergie sur le futur tube "Intervention". La prose est plus vampirique qu’humaine et lorsque l’orchestre embarque, les frissons se font ressentir. En concert, cela doit être tellement mémorable. Le diptyque "Black Wave/Bad Vibrations" permet à une Régine Chassagne de pousser délicieusement le français avant que Butler fasse tout exploser de sa voix orageuse. Il y a même des chœurs divins pour signifier que la voie du paradis n’est pas très loin.

"Ocean Noise" emprunte plutôt le chemin de la douloureuse introspection, l’implosion inconsciente. Aux premières écoutes, la déception est vive. Sauf qu’en progressant continuellement dans la même direction, il s’agit facilement d’une des meilleures perles de ce second opus. Avec la chaude finale destructive carrément gothique "My Body Is a Cage" qui permet à un fabuleux chanteur de se mettre à nu pour soulager son âme. L’énergie, très différente d’une intense et plus classique "The Well & The Lighthouse", équivaut à cette évolution qui manque cruellement à une multitude de bands qui semblent toujours jouer des mêmes accords.

Dans la mêlée, il est « presque » normal d’oublier la plus Dylan "Antichrist Television Blues" qui fait découvrir quelques racines lorgnant davantage vers l’Ouest américain. Une conclusion rêvée pour n’importe qui, mais pas chez ces Montréalais si allumés. Cela aurait été trop facile, trop attendu. Au lieu de ça, le bonheur se poursuit avec un joyau, une pépite de moindre valeur et "Windowsill ", une méditation aérée qui s’écoute aisément sans toutefois trop marquer les esprits.

Un peu comme le récent Clap Your Hands Say Yeah, Arcade Fire a su transcender leur récente popularité pour s’avérer une valeur sûre de la musique rock et pop mondiale. Sans prétendre au titre de l’album de l’année -- 2007 est encore jeune et, déjà, la nouvelle mouture de Of Montreal s’avère plus épicée --, Neon Bible est une autre charge rédemptrice qui fait tellement de bien à l’âme et aux oreilles. Pour une fois qu’une formation majeure et importante est portée aux nues pour les bonnes raisons, il ne faut vraiment pas s’en priver parce que tout le monde en parle… Ce n’est pas U2, c’est seulement un millier de fois mieux.

 

.: Martin Gignac
Mardi, 6 mars 2007

   

| contact | ? |