Arab Strap
The Last Romance
[ Chemikal Underground] 2006
Cote .: 8,0

Arab Strap, un des duos écossais les plus iconoclastes de la dernière décennie, continue à s’amuser en faisant de la bonne musique. Sans égaler leurs précédents essais, The Last Romance est une autre excellente introduction à un groupe qui mérite tous les éloges.

Depuis 1997, Aidan Moffat et Malcolm Middletown sévissent au sein de Arab Strap. Pendant que le premier chante, le deuxième multiplie les instruments afin de donner une authenticité propre à la formation. Peu importe le temps qui passe, des similarités ressortent facilement au fil des albums: chant torturé et tristounet, ambiances grises où l’amertume est forte, singularité des paroles et des chansons pas toujours évidentes aux premiers abords.

Après des débuts modestes en The Week Never Starts Round Here, les premiers disques incroyablement solides ne se sont pas fait prier en Philophobia, Elephant Shoe et The Red Thread qui s’avèrent toujours aussi pertinents aujourd’hui. Si les Écossais ont tendance à publier un peu trop de lives -- Mad for Sadness et The Cunted Circus sont plutôt ordinaires --, les albums intéressants suivaient une série de vagues clémentes et reposantes. À un tel point que plusieurs de leurs numéros se ressemblent peut-être un peu trop.

En 2003, Monday at the Hug and Pint allait créer de légers tumultes. Les mordus détestaient cet ouvrage, le trouvant trop simple et populaire, alors que les autres louangeaient ces mélodies accrochantes et cette instrumentation de cordes beaucoup plus présente. Dans tous les cas, il était impossible de résister à un tube en puissance comme "The Shy Retirer", probablement la meilleure composition du duo.

Deux années plus tard, les deux membres qui ont exploré en solo reviennent pour The Last Romance, un titre qui semble prédire la fin d’Arab Strap. Il ne devrait cependant en être rien tant ce sixième essai semble être une belle continuité. Plus rythmé et rock que The Red Thread et légèrement moins grandiloquent que Monday at the Hug and Pint, le nouveau bébé débute en lion avec le simple en puissance "Stink" qui séduit par son petit côté dépravé. "(If There’s) No Hope for Us" est dans le ton avec un chant rapide à la limite du parlé avec une couche de guitares assez planantes.

Plus ça va et plus la vision du groupe semble s’être transformée. Éternelle pessimiste, la formation semble nager dans le bonheur. Cela fait du bien à entendre ! "Chat in Amsterdam, Winter 2003" est transpercée par des auras de mélancolie. La deuxième voix superposée ne semble pas toujours une bonne idée, mais la combinaison avec les différents instruments est totalement réussie.

Dans la ligne des tubes de The Notwist, "Don’t Ask Me to Dance" est une ballade énergisante assez recommandable. Encore plus douce, "Confessions of a Big Brother" tend davantage vers le folk intimiste où une belle histoire est racontée simplement, légèrement aidée par une guitare acoustique et un violon. Un certain regain d’énergie se fait ressentir sur "Come Around and Love Me" qui s’avère un intéressant interlude au violoncelle à "Speed-Date" qui ne ressortira pas sitôt de la mémoire. Pour danser intelligemment ou comme trame sonore de film, il n’y a pratiquement rien de mieux.

Légèrement plus ordinaire, "Dream Sequence" ressemble beaucoup aux numéros précédents par son lyrisme. Chronologiquement, il aurait dû être devancé de "Fine Tuning" qui n’hésite pas à arrêter le tempo pour laisser véhiculer des émotions. Judicieusement nommé "There Is No Ending", le dernier moment aurait pu être écris par Mercury Rev tant les couches d’instruments sont nombreuses. Le genre de finale aux feux d’artifices positifs qui laisse un sourire sur les lèvres et la seule envie d’enfoncer la touche «repeat».

En revenant vers le juste milieu, Arab Strap vient de rebondir après des critiques (injustifiées) de leur avant-dernier album. The Last Romance ne fera pas du duo les prochains Fiery Furnace ou Whites Stripes, mais un groupe qui est toujours nécessaire de surveiller de très près. Quarante minutes de mélodies, c’est un peu court, mais on leur pardonnera pour cette fois.

 

.: Martin Gignac
Vendredi, 18 novembre 2005

   

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