Fiona Apple
Extraordinary Machines (version Jon Brion)
[ sans étiquette ] 2003 (la version Mike Elizondo fut lancée sur Sony en 2005)
Cote .: 7,0

« Please, please, please. No more melodies. They lack impact, they're petty. They've been made up already. Give us something familiar. Something similar. To what we know already. That will keep us steady. Steady going nowhere [...] »

« My method is uncertain, it's a mess, but it's working. »

Incroyable que Fiona Apple ait même douté de sa deuxième collaboration avec le compositeur de trame sonore de l'heure -- j'ai nommé Monsieur Jon Brion --après avoir chanté de telles paroles. Celles-ci signifient presque assurément --encore davantage avec sa voix souvent très tendue -- qu'une Fiona très sûre d'elle en avait vraiment assez des exigences ennuyantes et prévisibles de ses fans lavés du cerveau par les grosses corporations.

Certainement, elle avait déjà collaboré avec Brion pour l'album au titre de 90 mots (!) commençant par When the Pawn... Et, Brion ne change pas, au contraire, il devient de plus en plus lui-même. Maintenant, il laisse sa trace en quelques secondes en se laissant reconnaître presque immédiatement lorsqu'il collabore avec un chansonnier populaire. Ses petits claviers flottants, à la fois nostalgiques et peu typiques, ses percussions improvisées, et ses nombreuses ponctuations enfantines font de la première version de Extraordinary Machine une oeuvre signée autant par Apple que Brion. C'est peut-être ce qui a agacé Fiona: son incapacité à se dire à elle-même que Extraordinary Machine était entièrement son album.

L'aide d'un être sans monde imaginaire comme Mike Elizondo -- il a travaillé pour les minables 50 Cent et Avril Lavigne notamment -- lui a permis de mettre ses mélodies en avant-plan encore davantage, car personne ne peut sérieusement s'intéresser à l'enlaidissement des touches originales de Brion. Dans la version finale, Elizondo ne comprend strictement rien à la poésie de Apple. Il propose les pires suggestions d'arrangements et une Apple déjà ailleurs dans sa tête les accepte pour en finir avec cette Extraordinary Machine déjà vieille de deux ans.

Le pire masacre revient à la nouvelle "Red, Red, Red", transformée en ballade ennuyante alors que la version de Brion explose de tension prenante. La seule version qui soit plutôt réussie, bien qu'encore largement inférieure à l'originale est celle de "Not About Love". Certainement, le seul talent de Elizondo lui rapporte beaucoup d'argent, celui d'avoir la sensibilité à gros traits de l'auditeur moyen. Encore là, Brion a toujours eu le talent de vendre ses excentricités à un large public. Pourquoi préférer une nullité comme Elizondo ?

Apple est actuellement l'une des chanteuses mainstream les plus honnêtes envers ses fans. Écorchée vive, comme pratiquement aucune chanteuse populaire présentement -- une victime de viol, il faut le mentionner --, elle est également l'une des seules à posséder une voix remarquable et, en plus, dans un registre tonal plutôt bas, très peu présent sur les palmarès.

Les influences jazz de cette star de moins de 30 ans sont des mieux intégrées. Sa musique respire la conviction et la provocation gracieusement canalisée autant dans son jeu de piano violent que dans son chant sombre et introverti. À la longue, ses chansons se ressemblent toutes un peu trop, mais personne n'écrit comme elle. Dommage que le Extraordinary Machine des bacs ne soit pas le bon.

 

.: Vincent Bergeron
Mercredi, 12 octobre 2005

   

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