Animal Collective
Merriweather Post Pavilion
[ Domino ] 2009
Cote .: 8,5

On ne peut plus dire que le son du Animal Collective fasse office de nouveauté au sein du paysage musical indépendant des États-Unis d'Obama. Neuvième d'une discographie sans cesse peaufinée depuis l'an 2000, Merriweather Post Pavilion reprend les meilleurs éléments de la formation du Maryland dans un effort de synthèse au lexique bien maîtrisé. Si la surprise n'est plus au rendez-vous, voilà tout de même l'oeuvre de la consécration pour le groupe le plus aventureux de la présente décennie.

Il aurait été néanmoins peu envisageable que Noah Lennox (Panda Bear), David Portner (Avey Tare) et consorts se pètent la gueule avec cette suite tant attendue au génial et plus direct Strawberry Jam (Domino, 2007). En effet, depuis le magistral et impénétrable Feels (Fat Cat, 2005), le groupe avait trouvé la forme parfaite à son langage musical, alliant de main de maître pop californienne, percussions tribales, arrangements vocaux aquatiques, et séquences électroniques puisés aux confins des musiques expérimentales contemporaines. Bref, le Animal Collective a depuis longtemps trouvé sa voie, ainsi qu'un filon créatif quasi inépuisable dont la signature est aujourd'hui unique; ils n'avaient qu'à exploiter ce filon et à raffiner les matières brutes pour nous offrir du matériel de très grande qualité. Le résultat: Merriweather Post Pavilion.

Encore une fois, difficile de catégoriser -- marotte de toute publication musicale qui se respecte -- cet album. Est-ce du folk électronique, du indie-rock venu de l'espace, ou encore de la musique trance tribale pour autochtones du Plateau ? Un peu de tout cela, certes, mais avec tant de motifs et de textures originales qui se rejoignent et s'entrechoquent, qu'il devient difficile de trouver des repères stables sur lesquels s'appuyer. Et c'est là la principale qualité du groupe qui ne nous laisse pas la chance de saisir les sens, de trouver les raisons qui expliqueraient la construction d'une musique aussi complexe et relâchée à la fois. L'important c'est de ressentir les pulsations des sons et l'effet envoûtant des mélodies, bien amenées par l'entrecroisement incessant des voix de Panda Bear et Avey Tare.

Captant la même énergie folle de Here Comes the Indian et Sung Tungs, la même ferveur messianique de Feels et le même délire pop de Strawberry Jam, cette livraison 2009 sacrifie donc l'effet de nouveauté, qu'on a toujours retrouvé sur les efforts antérieurs du Animal Collective, au profit de la cohésion et de la maîtrise du genre. C'est pourquoi Merriweather Post Pavilion pourrait bien devenir le classique du groupe, soit celui auquel toute personne désirant percer pour la première fois l'univers du collectif devrait se référer. Tout y est à sa place, chaque note, chaque séquence électronique, et tout semble tourbillonner parfaitement à travers des structures anti-pop qui, au lieu de défiler linéairement, se déploient au moyen de multiples cycles sonores se superposant à l'infini.

Un peu comme un spirographe qui permet la construction de spirales concentriques souvent complexes, mais qui est aussi un jeu pour enfant, la musique du Animal Collective s'adresse à l'enfance qui s'est enfouie au plus profond de nous même, mais utilise des techniques sophistiquées et habilement manipulées, fruit d'une maturation unique au monde des adultes.
Exploitant essentiellement les deux éléments de base de toute forme de musique, soit la voix et les percussions, le groupe réussit tout de même à produire un son moderne, ancré dans son époque, mais qui n'a pas nécessairement de repère géographique précis.

En définitive, Merriweather Post Pavilion est la somme de toutes les contradictions propres à ses créateurs: l'atmosphère qui en découle est solennelle à souhait, mais garde toujours une forme de naïveté gamine, qui remet le sourire aux lèvres à chaque fois qu'on s'y prend trop au sérieux. À ce titre, la bande délurée du Animal Collective a trouvé l'équilibre parfait dans la création d'une musique éclatée qui nie toute forme de structure pour mieux en échafauder d'autres. Reste maintenant à voir si ce dernier effort de syncrétisme touchera un public plus vaste, un public prêt à mettre l'effort nécessaire afin de découvrir cette formation en marge de tout courant musical actuel.

De mon côté, il y a longtemps que je suis tombé sous le charme hypnotique et émotif de la tribu la plus avant-gardiste au monde. Et cette dernière concoction est loin de conjurer le sort qui m'empêche de juger de manière impartiale toute oeuvre émanant de cette formidable formation. Tomberez-vous dans le panneau ?

 

.: Laurent Provencher
Mardi, 20 janvier 2009

   

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