Alfa Rococo
Lever l'ancre
[ Tacca Musique ] 2007
Cote .: 7,0

Sans être transcendante, la pop d’Alfa Rococo est suffisamment honnête pour être convaincante. Avec leur premier album Lever l’ancre, la formation risque bien d’attirer plusieurs oreilles favorables à leur performance scénique.

Des groupes musicaux, il en pleut toutes les semaines. Parfois, ces bands resteront totalement inconnus, d’autres fois ils recueilleront la gloire dès leur premier opus. La trajectoire d’Alfa Rococo -- quel nom sympathique ! -- risque de se situer entre ces deux pôles. C’est loin d’être aussi marquant qu’un Karkwa ou qu’un Malajube, mais ça ne risque pas de disparaître en une simple fin de semaine. Tant mieux, ça mériterait plusieurs efforts pour réellement voir si le résultat vaut la peine d’être séduit. Alfa Rococo, c’est principalement deux voix. David Bussières, guitariste attitré de DobaCaracol, écrit toutes les paroles en prenant soin des arrangements musicaux. Justine Laberge l’aide dans sa tâche, tout en étant une des choristes pour Ève Cournoyer.

Le background est très beau, mais il ne faut surtout pas oublier l’objectif musique. Le disque, généralement assez court, évite les longueurs. Aucune pièce ne dépasse les cinq minutes et il y a deux intermèdes ("Confiture verte", "Bonus") pour relâcher la pression et changer d’univers. L’album débute avec le simple en puissance "Les Jours de pluie", un morceau accrocheur qui ressemble à s’y méprendre à un tube de DobaCaracol. La prose, métaphorique par instants, verse dans l’intemporalité en gardant une bonne touche de naïveté. Des constats qui se retrouveront sur les autres sélections. La chanson-titre cumule les claviers et les rythmes dansants avec une autre bombe qui peut par moments rappeler le très vieux Jean Leloup. Les jambes continuent à se faire aller sur la jolie "Je Pense à toi ". Voilà un hit assuré partout sur son passage.

La superposition d’une voix féminine et masculine peut rappeler Stars, Belle and Sebastian ou The Delgados, mais il ne faudra surtout pas tirer de conclusions trop hâtives. La symbiose est loin d’être parfaite, car il n’y en a généralement qu’une des deux voix qui prend toute la place. Sur "Paradis artificiel " avec ses airs psychotoniques, c’est celle de Justine Laberge. Elle est vaporeuse, disparaissant derrière les accords des guitares et des autres instruments moins rock. La quête musicale continue à aller dans toutes les directions.

Le voyage se veut légèrement plus mélodique sur "Peau de chagrin" où un piano électrique Wurlitzer ne peut qu’amener des notes disparates qui se fondent généralement bien à l’ensemble. La musique de "Horrible gens" freine un peu les ardeurs, car elle ressemble un peu trop à celle de "Les Jours de pluie". Les paroles répétitives et les endroits plus récités ne convainquent guère non plus.

Retour à la normale avec "Plus rien à faire", un défouloir acceptable qui aurait pu être bien pire. Quelle chance qu’il y a une finale mélodiquement irréprochable pour faire oublier des mots anglophones un peu trop mièvres. "Le Laboratoire" demeure dans les mêmes teintes. Cela bouge sans cesse dans toutes les directions, alors qu’un peu de quiétude aurait pu être salvatrice. C’est heureusement ce qui arrive sur la tellement plus pertinente "La Fenêtre", peut-être bien le meilleur morceau de l’album. Après de s débuts endiablés, un peu de tranquillité fait du bien. "Véga" termine le tout sereinement, dans les étoiles, en attendant un nouveau départ qui se fera plus tôt que prévu.

Alfa Rococo est une formation qui s’écoute pratiquement sans effort. C’est à la fois accessible et terriblement pop, mais sans être trop sucré. Ce n’est certainement pas ce gentil Lever l’ancre qui les amènera vers la gloire, sauf que c’est un pas intéressant dans la bonne direction. À encourager? Pourquoi pas !

 

.: Martin Gignac
Mardi, 5 juin 2007

   

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