Paul Ahmarani et les Nouveaux Mariés
Portrait Vivant
[ Audiogram ] 2005
Cote .: 6,0
Début musical hasardeux pour le comédien Paul Ahmarani. Sans rien bouleverser, son Portrait vivant navigue entre le sympathique et le plus quelconque. Le tout demeure cependant très ordinaire.
Découvert dans l’excellent La Moitié gauche du frigo, Paul Ahmarani a réussi a prendre sa place au sein du cinéma québécois grâce à ses performances truculentes dans La Vie avec mon père, Comment ma mère accoucha de moi pendant sa ménopause et Le Marais. Dans son for intérieur, l’acteur s’est toujours senti musicien. Même que c’est son amour pour la musique qui l’aurait sauvé de la drogue et de toutes les tentations de la vie. Place à son premier essai avec la formation Les Nouveau Mariés.
Portrait vivant est un album simple qui n’est pas toujours réussi. Les coins sont tournés un peu trop rond et de nombreuses pièces déçoivent par leur linéarité. Plusieurs problèmes qui sont souvent retrouvés chez les premières œuvres. Au moins, Ahmarani a réussi à bien s’entourer. Jean-François Lemieux et Carl Bastien ne sont pas les derniers venus, alors que la réalisation s’avère exemplaire.
Avec sa pochette d’une verdeur maladive, le disque annonce ses couleurs. Il y a quelque chose de malsain qui en émane. La pièce d’introduction, "Portrait navrant", semble plus récitée que chantée. Les propos désillusionnés rappellent par moment Jérôme Minière, mais sans sa plume extraordinaire. "Du sang sur les doigts" séduit dès la première écoute. Voilà une petite mélodie tout à fait irrésistible, qui bifurque vers l’anglais pour des raisons inconnues. La voix est parfois un peu inégale avec des aigues en klaxon, mais cela rajoute au charme. Malheureusement, les ardeurs sont refroidies avec la très ordinaire "Dysfonctionnel". Si l’aspect survolté et les textes puérils se mélangent bien, il n’y a rien de très intéressant.
Ce zigzag redevient potable sur "La Migration", qui évoque l’univers de Jean Leloup avec des textes descriptifs très réalistes. Un leitmotiv qui reviendra encore et encore. Sur "À toi", les compositions demeurent posées et gentilles. Il faudrait cependant que ça lève bientôt. Ce qui n’arrive vraiment pas sur la pénible "J’voudrais pas t’faire d’la peine" où une voix horripilante et des mots répétitifs se font entendre à plusieurs endroits. Grosse rechute qui se répercute également sur "Guerre Académie". C’est gauche, gamin et assez lourd.
Au lieu de décrocher, il faut s’accrocher. Car "Missing You" est une admirable ballade intimiste qui émeut. Lorsque Mr. Hyde redevient le Dr. Jekyll… avant de revenir sur ses pas à mi-chemin avec des airs vaguement hip-hop. Pourquoi??? "Non avec le sourire" souffre encore et toujours du même syndrome. Les rythmes aérés ne peuvent excuser totalement des écarts vocaux et des paroles plus qu’ordinaires. Sur "La Déclaration", Paul Ahmarani et Émilie Laforest s’offrent un délicieux moment de rêverie qui panse quelque peu les récentes blessures. Avec la pièce titre, c’est la clôture de l’album dans la joie, la bonne humeur et les nombreux chœurs.
Avec son Portrait Vivant, Paul Ahmarani et les Nouveaux Mariés expurgent de vieux démons. Leur premier effort, sans être très réussi, demeure authentique, gentiment maladroit et incroyablement inégal. Le deuxième effort ne peut qu’être supérieur.
.: Martin Gignac
Lundi, 10 octobre 2005 |